25 décembre 2008

Un conte de Noël -EPISODE 3 (FIN)


Finalement, je suis arrivé à boucler ce troisième et dernier épisode avant que Noël se termine. Je vous en souhaite bonne lecture. Joyeux Noël! 

 

The Mouse and the white Tree: a Christmas carol.

La souris et l’arbre blanc: un conte de Noël.

By Gabriel Schalken

Copyright 2008

 

˜

 

 

On était tellement bien au café de Maud. Du moins c'était ce que pensaient les trois convives attablés près de la fenêtre de ce bistrot comptant parmi les moins bien cotés de C. C'étaient trois pauvres hères pour qui la vie n'avait pas fait l'économie des pires problèmes qui peuvent, à un moment où à un autre, marquer l'existence d'un homme, même bien né. En cette veille de Noël, en ce jour soi-disant béni, les trois amis avaient convenu de se rassembler en ce lieu de perdition pour échanger leurs dernières mésaventures et faire semblant, une fois de plus, d'accorder une quelconque utilité à leur présence sur Terre.


Cette compagnie comptait un vieillard, un homme d'âge mûr et un jeune homme à la mine encore avenante malgré les premières séquelles d'une consommation trop régulière de mauvais rhum. Cette habitude lui venait de l'époque où il était matelot sur un navire qui tenait plus de la poubelle que du cargo. Pour lui, la mer, c'était bien fini, depuis le jour où il avait poignardé le second pour l'empêcher de balancer à la mer un passager clandestin à peine plus vieux que lui. Il avait trouvé refuge à C, ou plutôt non, il était venu s'enterrer à C., pensant ainsi échapper à la justice et ne pas devoir payer sévèrement son geste de compassion. Du haut de ses 24 ans, il contemplait sa vie comme on observe une ordure que l'on vient de jeter dans le caniveau.

- Quel temps de chien! lâcha-t-il dans un souffle.

- Allons, ne me dit pas que tu n'as pas connu de grain pire que celui-ci à l'époque où tu naviguais encore, fit le plus vieux.

- C'est pas la question! Rien à voir! Sur la mer, c'est le navire qui te porte. Ici, je me vois mal rentrer chez moi à travers le mètre de neige qui recouvre tout.

-Tu n'as qu'à dormir chez moi, fit le troisième larron. C'est tout près, tu sais bien.

- Non, sincèrement. Je préfère encore affronter le blizzard que soutenir le regard de ta femme quand tu rentreras aux fines heures de l'aube, comme à ton habitude.

- Bah! fit l'autre en vidant son verre de genièvre.

- Non, sincèrement, je préfère encore me les geler dans la neige.

En disant cela, il avait tourné son regard vers l'extémité de la rue. Son passé lui avait appris à ne rien laisser au hasard et le moindre détail imprévu attirait son attention. C'est pourquoi il ne manqua pas de voir une petite silhouette habillée de rouge et de noir sortir de la plus belle maison du quartier et tenter péniblement de traverser la rue encombrée de neige en luttant contre les morsures impitoyables de l'Aquilon. Il remarqua ses efforts pour protéger de ses bras son petit corps d'enfant malade. Il la vit tomber plusieurs fois, se relever, porter une fois la main à sa poche et tomber une dernière fois pour ne plus se relever.

- Mais qu'est-ce qu'elle fait dehors cette gamine?

- Quelle gamine? firent en choeur les deux autres.

- Vous ne la voyez pas? Là-bas, au carrefour, couchée dans la neige au milieu de la rue?

- Non, fit le plus vieux. Comment tu peux voir quelque chose aussi loin avec ce qui tombe?

- Moi non plus je vois rien, lança le troisième. Finit ton verre, peut être que c'est ça qui te manque pour arrêter d'avoir des visions. En tous cas, ça marche toujours pour moi.

- Espèce d'abrutis! C'est pas possible d'être comme ça! Vous voyez rien ou vous voulez rien voir?

- C'est pas nos oignons, répliqua sèchement l'ivrogne.


Le jeune homme se leva d'un bond, renversant sa chaise et celle de son compagnon qui vida le contenu de son verre sur ses vêtements sales en jurant comme un horrible charretier. Le vieux tenta de le retenir mais il chassa d'un geste la main qu'il tendait vers lui.

- Allez vous faire foutre, leur lança-t-il en se ruant vers la porte.


Dès qu'il fut dans la rue, il regretta d'avoir laissé son écharpe et ses gants à l'intérieur mais il ne voulut pas y retourner. Il se dirigea vers l'endroit où il avait vu l'enfant tomber. Mais la neige qui dégringolait à présent avec une violence inouïe l'empêchait de se repérer. Il cria: « Petite! », plusieurs fois mais ne reçu comme réponse que l'écho de sa voix sur les murs étouffé par les rideaux de neige. Il avança avec peine pendant cent mètres puis encore cent. Au moment où il se désespérait de ne pouvoir retrouver l'enfant, l'imaginant morte de froid sous 20 centimètes de poudre glacée, il trébucha sur un corps dans la neige. Frénétiquement, il se mit à creuser de ses grandes mains et découvrit rapidement la robe de chambre noire et rouge d'Estelle.

- Bon Dieu, mais t'es la fille de la « belle maison », la fille Viviant. Tu m'entends? Petite? Petite!


Il la secoua légèrement tout en retirant de son visage bleui les dernière traces de bouille neigeuse qui le recouvrait.

- Petite, réveille-toi, pour l'amour de Dieu, allez, réveille-toi!


Estelle ouvrit un oeil, puis l'autre, et les referma ensuite tous les deux.

- Non, non, non. Pas ça. Ouvre les yeux petite. Comment tu t'appelles?

- Es-Es-telle, souffla-t-elle entre ses lèvres tremblante.

- Estelle, je vais te ramener chez toi, chez ta maman.

- A... lors, c'est à léglise qu'il faut aller, elle est là ma maman. Il faut que j'aille... que j'aille à l'église, s'il te plaît monsieur.

- Mais tu seras mieux chez toi, on pourra te soigner et te réchauffer. A l'église c'est froid comme une pierre dans la terre. Non, je te ramène chez toi.


Péniblement, il se releva avec l'enfant dans ses bras. Titubant sous l'effet de la tempête, de l'alcool, de la faim et de la fatigue. Sa tête lui tournait, et il se vit en train de s'évanouir là et de mourir de froid à côté d'Estelle.

- Si vous ne m'emmenez pas à l'église, Alexandra ne reverra pas sa maman.


Le jeune homme ne comprenait rien à cette histoire et ne chercha pas à comprendre. Là où il se trouvait, il était plus proche de l'église que de la maison d'Estelle. Il préféra donc s'y rendre, espérant y parvenir avant de s'écrouler une fois pour toutes. Même si la mère de la petite ne s'y trouvait pas, quelqu'un de respectable finirait bien par la prendre en charge pour la ramener chez elle saine et sauve. Il tourna ses pas dans la direction de l'église avec Estelle blottie contre sa poitrine. Il progessait au jugé. Plusieurs fois il s'écroula, et autant de fois il se releva. Il était déjà responsable de la mort d'un homme, il ne voulait pas avoir celle d'une enfant sur la conscience et tomber plus bas que la poussière. De là il ne se relèverait jamais, il le savait.


Mais il parvint finalement au parvis de l'église et il gravit l'escalier au prix d'efforts d'attention infinis pour ne pas trébucher en escaladant les marches inégales couvertes de glace. Une fois, les portes franchies, il entreprit de traverser la nef et là tous les regards se tournèrent vers lui et Estelle, et un silence pesant envahit tout l'édifice. Il n'en avait cure. Oui, il n'en avait cure de tous ces yeux étonnés, effrayés ou même dégoûtés car dans son cerveau gagné par la fièvre vibrait simplement l'idée apaisante du devoir accompli. Peu importait les mercis, les récompenses: une telle satisfaction emplissait son coeur qu'elle se suffisait à elle-même.


A la croisée du transcept, en face de l'autel, ses forces l'abandonnèrent et il roula lourdement sur le sol en essayant malgré tout d'amortir sa chute pour ne pas blesser Estelle. La petite fille échappa à ses bras et glissa sur le dallage froid et noir de la vieille église.


Le bruit courut à travers la foule des fidèles qu'une jeune enfant inanimée avait été déposée au pied de l'autel, qu'elle portait simplement une robe de chambre détrempée à rayures rouges et noires et qu'elle avait cessé de respirer. La rumeur parvint aux oreilles d'Isabelle qui se trouvait dans la foule, sur le bas-côté gauche, incapable de voir quoi que ce soit tant la foule à cet endroit était dense. Elle reconnut immédiatement sa fille à la description que les gens en faisait et elle se précipita, folle d'angoisse, dans la direction de l'autel en bousculant tout ce qui se trouvait sur son passage.


Elle trouva sa fille inanimée, étendue sur deux prie-dieu recouverts d'un manteau de velours noir. Visiblement, ce qu'on avait dit était le reflet de la réalité: elle avait cessé de respirer et la pâleur de son visage en témoignait. Elle écarta le prêtre, les enfants de choeur, les premiers curieux et prit sa fille dans ses bras. Ses cris, ses pleurs et sa peine éclaboussèrent tous les murs de l'église et se répercutèrent entre les colonnes jusque sous le porche et plus loin encore, sur la place de l'église et à travers toutes les rues environnantes.


Au milieu de tout ce tumulte, personne ne remarqua le petit ruban bleu emprisonné dans la main d'Estelle, ni la petite souris qui avait glissé sans vie de sa poche sous les prie-dieu.



EPILOGUE


Il y eut énormément de public pour assister à la cérémonie le jour de l'enterrement d'Estelle. Elle se tint dans la petite église du quartier de la « belle maison », là même où eurent lieu les événements de la Noël. Elle était bien trop petite pour accueillir toute les personnes qui s'étaient déplacées pour lui rendre un dernier hommage. Tous étaient attérés par sa disparition soudaine. Ses amis étaient présents, moi aussi j'étais là, discret, dans un coin. Mais il y avait aussi sa fille, son fils et leurs petits enfants ainsi que les plus fidèles de ses employés. Mais si je vous dit ceci, vous ne comprenez plus rien et c'est bien normal car dans tout ce qui précède, j'ai omis de vous dire qu'Estelle Viviant ne mourrut pas lors de la nuit de Noël que je viens de vous raconter. Non, elle vécut encore bien longtemps après. Assez longtemps pour se marier et voir ses enfants se marier et avoir eux-mêmes des enfants.


Je ne vais pas vous conter les détails de sa miraculeuse résurrection mais sachez qu'après tout ceci, plus rien ne fut jamais comme avant. La santé d'Estelle s'améliora sans qu'aucun médecin ne put expliquer pourquoi. Elle et sa mère devinrent inséparables même après le remariage de cette dernière.


Après de brillantes études d'économiste, Estelle se maria avec un homme dont la fortune les mettait à l'abri de tous les coups du sort, du moins ceux que l'argent peut régler. C'est ainsi qu'elle devint la présidente de la Fondation Viviant, une oeuvre caritative puissante dont le but était de recueillir et de gérer des fonds pour la recherche en matière de maladies orphelines car c'était d'une maladie de ce type dont elle avait souffert dans son enfance.


Quant à moi, je ne suis que l'humble chauffeur de Madame Estelle. Quand j'étais jeune j'étais matelot sur un cargo. Aujourd'hui, j'ai 92 ans et je viens de perdre celle qui fut mon ancienne patronne mais surtout celle que je considérais comme ma meilleure amie et la femme la plus merveilleusement généreuse qu'il m'eut été donné de rencontrer. Comme je suis le seul à qui Estelle aie jamais raconté l'histoire d'Alexandra, je me devais de la raconter à mon tour avant de disparaître.


Comment, sans cela, les gens pourraient-ils comprendre un jour la signification du logo de la Fondation Viviant? Car jusqu'à présent, personne n'a compris pourquoi Estelle avait choisi une petite souris blanche portant un ruban bleu et une clochette d'argent autour du cou.

Noel Nouvelet by Anuna (replaces previously posted video "Winter, fire and snow")

23 décembre 2008

Un conte de Noël - EPISODE 2

 


Bien qu'elle soit née dans des circonstances qui auraient pu être plus agréables, eut égard à ma condition physique du moment, c'est avec grand plaisir que je vous offre la suite de mon petit conte de Noël, en cette veille de veille de Noël.

 

The Mouse and the white Tree: a Christmas carol.

 

La souris et l’arbre blanc: un conte de Noël.

 

By Gabriel Schalken

Copyright 2008

 

˜

 

Le carillon de l’horloge avait cessé de faire résonner ses notes argentines et à nouveau la maison se trouva plongée dans le coton éthéré d’un silence absolu. Même le feu dans la cheminée du salon avait cessé de crépiter joyeusement et se laissait maintenant mourir en léchant la surface écaillée des bûches teintées de suie.


Le calme régnait aussi sur la chambre d’Estelle. Le souffle de sa lente respiration était presque inaudible. Sur le parquet de chêne, la guirlande lumineuse du sapin blanc jetait ses lueurs fantomatiques, tantôt clignotantes, tantôt scintillantes. Tout était immobile et comme figé dans les gangues de l’oubli. Sur une étagère, une ribambelle de fées en étain habillées d’émail rutilant surveillaient d’un air solennel le petit royaume endormi du haut de leur intolérable beauté.


Sur la vitre de la porte-fenêtre donnant sur le balcon, les flocons de neige humide se collaient en formant de fantastiques arabesques mais derrière cette végétation de givre il n’y avait qu’un abîme insondable. Soudain la tempête emplit le vide de la nuit d’une fureur sourde. La porte céda et s’ouvrit sous l’effet d’une bourrasque plus forte que toutes les autres et une marée de peluches légères et glacées envahit instantanément la pièce.


Réveillée en sursaut par le bruit et par le froid, Estelle vit que la neige envahissait dangereusement sa chambre. Elle se redressa sur son lit, profita encore quelques secondes de la chaleur des couvertures et se laissa ensuite glisser hors de celles-ci. Lorsque ses pieds nus rencontrèrent le sol où courait le souffle glacé du vent, un frisson la parcouru de haut en bas et ses petites jambes se dérobèrent sous elle. Elle roula au pied de son lit et perdit connaissance pendant quelques secondes. Quand elle ouvrit les yeux, elle vit le plus étrange spectacle que ses yeux de petite fille eussent jamais eu l’occasion de contempler. Sous le sommier, à quelques centimètres de son nez, se tenait une minuscule souris blanche qui portait autour de son cou, attaché à un fin ruban de soie bleu pâle, un frêle grelot qui brillait comme une étoile. Ses pattes roses et duveteuses, étaient posées sur une clé en métal noir qu’Estelle reconnut immédiatement car c’était celle de la grande porte du balcon.


Dans sa tête, mais était-ce bien dans sa tête, une petite voix s’adressa à elle, et c’était celle d’une petite fille qui peuplait ses rêves depuis qu’elle était venue habiter dans « la belle maison » :

- Tu devrais fermer cette porte avec la clé avant que la neige nous recouvre toutes les deux, disait la voix.

- C’est toi qui me parle petite souris ? demanda tout haut Estelle en écarquillant ses yeux délicats jusque-là fermés de fatigue.

- Oui, mais je ne suis pas n’importe quelle souris, et si tu vas fermer cette porte là-bas, je te dirai qui je suis en réalité.

- D’accord, fit la gamine sans se poser plus de questions.


Alors elle se releva et traversa la chambre avec la clé que la souris lui avait apportée. Elle avait au passage enfilé sa robe de chambre à rayures rouges et noires mais cela ne la protégeait que sommairement du froid qui tombait depuis cette maudite porte. Au prix de quelques efforts bien coûteux, elle parvint finalement à faire tourner les deux ouvrants autour de leurs gonds et à repousser les petites congères qui déjà s’étaient formées alentour. De minces volutes de vapeur s’élevaient encore de sa bouche au moment où elle rejoignit le pied de son lit, cherchant du regard la petite souris blanche. Mais elle n’était déjà plus là.

- Viens me rejoindre ici, appela à nouveau la voix, il fait plus chaud.


Contournant son lit, la petite fille aperçut la petite boule de poils blancs, pelotonnée sur elle-même en dessous du radiateur, à côté du bureau. Estelle s’assit près d’elle en faisant bien attention de ne pas glisser. Elle sentit la chaleur de la tôle d’acier irradier dans son dos à travers ses vêtements humides.

- Tu as froid ? demanda la souris.

- Oui, très, je suis malade tu sais.

- Oui, je sais, c’est pour ça que tu peux m’entendre, parce que tu es très malade.


Parfaitement consciente de son état, Estelle accueillit ces paroles comme des mots rassurants. Au moins, si tout ça n’était qu’un rêve, elle n’allait pas se réveiller bercée par les illusions d’un inutile espoir.

- Je sais aussi que ta maman pense que tu ne guériras jamais et c’est pour ça qu’elle est partie assister seule à la messe de minuit, ajouta la souris.

- Ha ? Maman est à l’église ? Elle ne va jamais à l’église d’habitude.

- Cette nuit, c’est différent.

- Ha ?

- Je vais te raconter mon histoire, tu veux ?

- Oui, je veux bien.

- Tout d’abord tu dois connaître mon nom : je m’appelle Alexandra et j’ai habité dans cette maison il y a longtemps.


Pendant des minutes qui lui parurent des heures, Estelle écouta Alexandra lui parler de ce qui fut sa vie. A l’époque où les charbonnages constituaient la plus fière industrie de ce pays, son père, un aventurier de la pire espèce, enrichit une première fois dans les trafics les plus douteux mais en quête de respectabilité, avait fait construire cette magnifique demeure. Il n’avait eu aucun mal à y attirer une jeune et belle femme issue d’une famille respectable des environs, les parents de cette dernière voyant en cette union une chance inespérée de progrès social. Alexandra naquit quelques années plus tard. Son père avait racheté des mines dans la région et il était parvenu à se faire une place dans la bonne société tout en cachant son vrai visage, celui d’un être tyrannique et foncièrement malhonnête. Malheureusement pour elle, Alexandra grandit en prenant son père pour modèle et elle devint une effroyable petite peste, capricieuse, envieuse, colérique… Elle possédait, en pire, tous les défauts qu’on souhaite ne pas rencontrer chez une jeune enfant. Sa mère, qui n’avait jamais perdu l’espoir de se faire aimer de sa fille, la couvrait d’un amour débordant et tentait par ses attentions quotidiennes de faire taire en elle le démon qui avait dévoré l’âme de son époux. Mais rien n’y fit.


Une veille de Noël, la maman d’Alexandra eu l’idée de lui porter un petit présent dans sa chambre. C’était un mince ruban de soie sur lequel était enfilé un grelot d’argent pur, un grelot au son si tenu que seule une jeune personne est capable de l’entendre. Elle trouva la chose ridicule, « aussi inutile que ridicule », avait-elle hurlé, et elle s’était mise à frapper sa mère dans une crise de colère hystérique, la repoussant sous une pluie de coups et d’insultes jusqu’au pallier où elle trébucha avant de tomber lourdement dans l’escalier de pierre. Horrifiée par son geste, Alexandra s’était immédiatement précipitée au bas des marches. Avant de rendre son dernier soupir, sa mère lui avait tendu le ruban bleu. « Je t’aime » : ce furent ses dernières paroles.


L’année suivante, toujours à la veille de Noël, le père d’Alexandra annonça son intention de se remarier. Quand les premières lueurs du matin d’hiver brillèrent le lendemain sur les fleurs givrées du jardinet devant la maison, on découvrit sous le balcon de sa chambre le corps brisé de la petite Alexandra. Dans son poing serré, elle tenait le ruban bleu. Le vent faisait tinter la clochette mais personne ne l’entendait.

- Pourquoi n’es-tu pas allée au Paradis ? demanda Estelle.

- Je ne sais pas. Je ne cherche pas à rejoindre le Paradis, je cherche seulement ma maman, là où elle est, afin de lui demander pardon pour tout le mal que je lui ai fait. Mais depuis que je suis ici, tu es la première à qui j’ai pu parler, en rêve ou directement. Je ne peux franchir les portes de cette maison qu’en compagnie d’une âme sœur, je crois.


Une intense réflexion crispa le beau visage d’Estelle jusqu’à ce qu’une idée lumineuse vienne y inscrire un sourire radieux.

- Et si ta maman était à l’église, comme la mienne ?

- Ce serait merveilleux, mais pourquoi serait-elle là-bas ? Elle n’y allait jamais.

- Oui, comme ma maman à moi. Mais cette nuit c’est différent non ?

- Je ne veux pas que tu sortes. Tu ne vas trouver que la mort dehors.

- Ici ou ailleurs… tu l’as dit toi-même, elle va finir par me trouver…


Sur ces mots, elle se leva vivement, saisit Alexandra dans un geste doux mais d’une surprenante vigueur, et la glissa dans une des poches de sa robe de chambre, sans lui laisser l’occasion de protester. Elle s’empressa de quitter sa chambre, de descendre l’escalier, d’enfiler ses bottes de caoutchouc rouge et, sans attendre ni jeter un œil en arrière, elle se suspendit à la poignée de la lourde porte que sa mère avait franchit peu de temps avant elle. Sans se faire prier, l’enfer blanc l’engloutit dans sa gueule hurlante. L’horloge du hall marqua la demie de onze heures en sonnant une seule fois.

A suivre... 

Dedicated to Kate, for her unfailing support.
Dedicated to all my friends wherever you are, whatever you do.


Hallelujah by Jeff Buckley

14 décembre 2008

Un conte de Noël - EPISODE 1


Pour pouvoir entrer dignement dans l'ambiance de Noël, la plus merveilleuse des fêtes et aussi celle qui sait être la source des histoires les plus tristes, je voulais vous faire partager la lecture d'un conte de Noël écrit par mon grand et inspérable ami Gabriel Schalken. Voici le premier épisode. Il s'agit d'un travail sans filet car la suite n'est pas encore écrite.

The Mouse and the white Tree: a Christmas carol.

 

La souris et l’arbre blanc: un conte de Noël.

 

By Gabriel Schalken

Copyright 2008

 

˜

 

 

Nous allons, si vous me le permettez, parler de la belle demeure qui se trouvait derrière l’église, au fond de la place de mon village, quand j’habitais encore C.,  voilà bien des années maintenant. A cette époque, rien n’autorisait qui que ce soit à penser qu’un drame se déroulait derrière cette façade austère rehaussée de cordons de pierre bleue. Dans des temps plus reculés, elle avait dû appartenir à quelque bourgeois enrichi par le commerce du charbon et aussi par la sueur et le sang des mineurs. Mais je suppose que cette tragédie était appelée à se produire et que, par la volonté d’un destin cruel, il devait en être ainsi.

 

Ce que je sais, vous l’aurez compris, ne m’a été révélé que bien plus tard.

 

Mon taudis à moi se situait dans le quartier et même si je ne fréquentais pas les gens de la « belle maison », j’avais entendu parler de la famille qui s’y était installée quelques années après que je fus arrivé à C. Arrivé est un bien grand mot. Je devrais plutôt dire « échoué » mais ceci est une autre histoire.

 

La famille Viviant, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, comptait quatre membres, en tout et pour tout : il y avait le grand-père, la grand-mère, la fille et la petite-fille. Quand ils s’étaient installés, j’avais aussi croisé le père de cette enfant. Mais quand cette dernière tomba gravement malade, il ne me fut plus jamais donné l’occasion de le rencontrer, ni d’entendre parler de lui d’ailleurs. Je ne suis pas le seul à penser qu’Estelle, c’était le nom de la gamine, avait affreusement souffert du départ précipité de son père. Isabelle, sa mère, avait fait tout ce qui humainement était faisable pour lui faire recouvrer la santé mais comme je l’ai déjà dit, un destin funeste s’acharnait sur le petit ange qu’un Ciel impatient appelait chaque jour un peu plus fort à lui.

 

Tout ce que je vais vous raconter s’est produit en l’espace d’une nuit, cette nuit censée être la plus douce de l’année, la nuit de Noël. Dans l’après-midi de la veille du jour de Noël, l’état d’Estelle s’était particulièrement aggravé. Le docteur Lavelle, le médecin de famille, avait été appelé de toute urgence. Après son examen de l’enfant, il soupçonna la petite de s’être aventurée sur le balcon de sa chambre pour voir les illuminations de l’église, toute proche et toute parée des traditionnelles lumières de la fête en cette fin d’année glaciale. La fièvre ne voulant pas la quitter, le médecin proposa à Isabelle de faire transporter sa fille à l’hôpital de W., où elle recevrait des soins plus appropriés. Je ne sais ce qui poussa cette femme à refuser. Avait-elle eut un mauvais pressentiment ? Avait-elle cessé de croire qu’Estelle pourrait un jour aller mieux ? Pensait-elle que si sa fille devait mourir, autant que ce soit dans la nuit qui est censée être la plus belle au monde ? Quoi qu’il en soit, Estelle, cette nuit-là, n’aurait jamais dû quitter sa chambre, car telle était la décision de sa mère. Alors, pourquoi finit-elle par quitter la chaleur de son lit pour se retrouver dehors et aller au devant d’une mort certaine ? C’est ce que je vais vous raconter.

 

Quand le brave Lavelle fut parti, toute la maison fut plongée dans une étrange stupeur. Les parents d’Isabelle, frappés d’incompréhension et de douleur, demeurèrent prostrés, les yeux amèrement humides, devant la cheminée du grand salon, là où brûlait un feu qui ne parvenait pas à les réchauffer. Leur fille ne disait rien, non plus que les ombres qui s’étendaient dans la maison silencieuse. Le crépitement du feu lançait de temps à autre un écho dans l’escalier sombre qui menait au premier étage où se trouvait la chambre d’Estelle. Quand dix coups sonnèrent à la majestueuse horloge du hall d’entrée dallé de marbre, la jeune maman se leva et entreprit de gravir les marches dans le noir.

 

Elle posa sa main sur la rampe de bois précieux jusqu’à atteindre la poignée dorée de la porte située à droite, sur le premier palier. Elle céda lentement, sans faire un seul bruit. Le seuil franchi, Isabelle plongea son regard vert dans la pénombre de la pièce. Un sapin blanc trônait dans un coin, juste à côté de la fenêtre donnant sur le balcon. Dans l’angle opposé à celui-là se trouvait le fauteuil de velours rose où elle vint s’asseoir. Le lit de sa fille était juste à côté. De là où elle se trouvait, elle voyait que la neige qui avait envahit la rue au matin était en train d’épaissir sous les flocons qui s’étaient remis à tomber en un fin duvet blanc.

 

A travers la couverture, elle devinait la respiration délicate de sa petite fille, car seul son visage brûlant dépassait encore de la lourde étoffe. Ses longs cheveux noirs s’étalaient, brillants de sueur, de chaque côté de son front. Sous ses paupières closes, ses yeux étaient agités de petits mouvements rapides. Isabelle pensa qu’elle devait être en train de rêver. Elle étreignit du regard toute la pièce. Le petit bureau. La petite bibliothèque. L’armoire et le coffre à jouets. Et enfin le sapin blanc, floconné de givre artificiel et brillant de manière surnaturelle sous le clignotement délicat de la guirlande électrique qui s’enroulait sur les branches jusqu’à la cime de l’arbre. Sur le plancher, une petite crèche en bois de cèdre abritait les personnages en terre cuite qu’Estelle avait elle-même disposés quelques jours plus tôt. Rien ne vint troubler cet instant, ni le vent qui s’était remis à souffler, ni les gens qui s’égayaient dans la rue pour se rendre à l’église ou au bistrot situé un peu plus bas, ni les autres bruits de la fête que les murs épais de la belle maison étouffaient impitoyablement.

 

Quand il fut onze heures à sa montre, Isabelle se leva et déposa un baiser délicat sur la joue d’Estelle. Elle eut du mal à se lever du fauteuil, comme si cinquante années venaient tout à coup de lui tomber sur les os. Elle dirigea à nouveau ses pas vers la porte en prenant soin de ne pas faire crier les lames du plancher. Jetant un dernier regard en arrière, elle referma la porte avec autant de précaution qu’elle l’avait ouverte une heure auparavant. Secouée de sanglots, elle descendit les marches de pierre sans les voir. A côté de l’entrée du salon, elle s’arrêta et vit que ses parents s’étaient endormis en se tenant par la main. Elle saisit son manteau et son écharpe, posa sur ses cheveux courts le bonnet de laine qu’Estelle lui avait offert l’année précédente et enfila ses gants. Ensuite, elle s’évanouit dans le hall où l’on entendit la lourde porte grillagée s’ouvrir et se fermer bruyamment. L’horloge vénérable sonna onze coups en réponse.

A suivre...

 

Wintersong by Sarah MacLachlan

07 août 2008

VAMPIRE HEART


VAMPIRE_HEART3

Gabriel Schalken

 

Song: "Vampire Heart" by HIM (Ville Valo)

 

15:50 Écrit par Theudrick dans Amor e morte | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : him, vampire heart, schalken gabriel |  Facebook |

06 août 2008

VAMPYRIC ADDICTION

Ode à Liza McMillan


De ton visage qui me sourit
La peur enfin s'est envolée
Notre recontre cette nuit
Tu l'attendais ma douce aimée

Tu te souviens de ta promesse
Ta vie mortelle est ton offrande
Contre le tien mon coeur se presse
Mes crocs déjà ton sang quémandent

Cette onde en moi vient s'écouler
Je me consumme en la buvant
Nos destinées entrelacées
S'abîmeront-elles dans le néant?

Ton regard bleu bientôt se voile
La tombe t'appelle un court instant
L'Ombre corrode tes yeux d'opale
Ma bouche te fais le don du sang

Te voilà mienne et éternelle
Une seule lumière toise notre amour
Celle de la Lune
Et seulement elle
Chassons ensemble avant le jour!

Gabriel Schalken



Nymphetamine by Cradle of Filth