06 avril 2010

Every single day her little life falls apart (Gothic tribe tribute #24)

 

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Toi qui, comme un coup de couteau,
Dans mon coeur plaintif es entrée ;

Toi qui, forte comme un troupeau
De démons, vins, folle et parée,

De mon esprit humilié
Faire ton lit et ton domaine ;
Infâme à qui je suis lié
Comme le forçat à la chaîne,

Comme au jeu le joueur têtu,
Comme à la bouteille l'ivrogne,
Comme aux vermines la charogne
Maudite, maudite sois-tu !

J'ai prié le glaive rapide
De conquérir ma liberté,
Et j'ai dit au poison perfide
De secourir ma lâcheté.


Hélas! le poison et le glaive
M'ont pris en dédain et m'ont dit :
"Tu n'es pas digne qu'on t'enlève
A ton esclavage maudit,"

"Imbécile ! de son empire
Si nos efforts te délivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire !"

Le vampire par Charles Baudelaire
Les Fleurs du Mal (poème XXIX)


Gothic Girl by The 69 eyes

23 juin 2009

Douce amertume (Gothic tribe tribute #11)


Pour vous souhaiter à toutes et à tous de belles soirées d'été.

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HARMONIE DU SOIR
Charles Baudelaire
In Les Fleurs du Mal

  Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
    Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
    Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,
    — Valse mélancolique et langoureux vertige ! —
    
        Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
    Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
    — Valse mélancolique et langoureux vertige ! —
    Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
   
     Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
    Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
    — Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
    Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
    
    Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir
    Du passé lumineux recueille tout vestige ;
    — Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige ;
    Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !



HIM feat. Rasmus (music by Apocalyptica)
BITTERSWEET

22 novembre 2008

Moyen mnémotechnique


Il y a quelques années, lors d'un cours d'informatique sur Word (ou Windows?), le professeur nous avait demandé de rédiger un texte, n'importe lequel. Comme j'étais en manque d'inspiration, j'ai commencé à écrire un (long) poème de Baudelaire. Ma voisine et camarade de classe, tout étonnée de me voir empiler les phrases me posa la question suivante: "Tu as vraiment retenu tout le poème?". Ce à quoi je répondis affirmativement d'un signe de la tête. Ce que j'avais oublié de lui dire, du moins je n'ai aucun souvenir de l'avoir fait, c'est qu'il n'y avait en cela aucun mérite.

En effet, il existe un moyen très simple de retenir un (long) poème "compliqué" (comme parfois ceux de Baudelaire): c'est de le mettre en musique. Dans mon cas, j'avais tout simplement eu la chance d'écouter "en loop" (comme disent les Québécois) une chanson de GLIS qui reprenait les paroles de "La Béatrice". Comme quoi les solutions les plus simples sont souvent les meilleures.

P.S.: Ha oui! Détail marrant. "Béatrice", c'était aussi le prénom de notre professeur d'informatique mais ça je ne l'ai su que bien après. En lisant les paroles, vous comprendrez pourquoi j'ai eu l'impression d'avoir commis une belle bourde, le genre de maladresse qui attire l'attention sur vous alors que vous ne vous y attendiez pas. Heureusement que l'erreur est humaine. Je suis un humain (oui, encore un peu de sang humain aux dernières nouvelles) donc... (complétez vous-même la suite).

Et maintenant, petit cours de "mnémotechnique baudelairienne GLISsée".

"La Béatrice" by GLIS (feat. Jean-Luc Demeyer, Front 242) - Lyrics by Charles Baudelaire.

19:46 Écrit par Theudrick dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : baudelaire charles, beatrice la |  Facebook |

08 novembre 2008

Toutes, elles blessent. Et la dernière tue.


Halloween s'éloigne déjà dans le noir de novembre alors que je demeure encore entouré de mes monstres préférés. Pour quelques jours encore, car le temps est bientôt venu de démonter mes décors intérieurs. Cette année, la triste réalité aura rejoint la fiction et de vraies tombes se seront frayées une voie à travers ma scénographie de carton-pâte.

Resteront la tristesse, les souvenirs et aussi le souvenir de la tristesse mais eux aussi finiront par s'éteindre, que ce soit dans ma mémoire ou en même temps que moi lorsque sonnera l'heure dernière sur l'horloge chère à Baudelaire...

SOUVIENS-TOI!

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: "
Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!

Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
Où tout te dira Meurs, vieux lâche! il est trop tard!"

     Charles Baudelaire


Mylène Farmer - L'horloge (paroles de Charles Baudelaire, in Les fleurs du Mal).