23 septembre 2009

Diary of an independant anti-capitalist - Page One - At worlds'end, there is no future


Souvenez-vous!

Philomag 32


C'était il y a peu de temps, ça s'appelait la "crise économique". C'est venu des U.S.A.. Certains diront: "comme tout ce qui est nouveau". D'autres: "comme tout ce qui est faisandé". Je dis que si c'était venu d'ailleurs, ça aurait eu le même goût. Celui de la misère.

Des banques ruinées, un système boursier au bord du suicide, des épargnants désargentés, des propriétaires qui du jour au lendemain deviennent S.D.F., ... Mais heureusement, l'Oncle Sam, avec son oeil d'aigle américain veille sur les siens depuis les nuages où il se tient.

Le vieil homme au gibus bariolé ouvre largement les bras et des poches de sa redingote, il arrose d'un manne céleste au parfum d'encre verte tous ces pauvres financiers désoeuvrés qui jusque-là désepéraient.

C'est un brave homme l'Oncle Sam. Il sait qu'en aidant les banques à se renflouer, il va permettre aux (pauvres) gens de se refaire, à une partie d'entre-eux du moins. Si pas tout de suite, dans quelque temps. Ils souffriront, certains plus que d'autres mais ils s'en sortiront. Et si certains ont eu la mauvaise idée de se pendre pour de bon parce qu'ils avaient tout perdu et que pour eux l'avenir n'était plus rien d'autre qu'un puits sans fond rempli de goudron noir et fumant, qu'à cela ne tienne... les enfants du mort auront une chance de se refaire, c'est déjà ça.

C'est finalement en remerciement pour ce don divin que les financiers, malheureux enfants prodigues autrefois aveuglés par leur foi en Saint-Dollar, promirent qu'on ne les y reprendrait plus et que le temps des salaires honteusement élevés, des parachutes dorés et des brouettes de "stock options" était bel et bien révolu.

Pendant que la crise faisait sentir ses échos ailleurs dans le monde, de fermetures d'usines en licenciements massifs, tout ce petit peuple américain, fier du modèle économique qui lui tient lieu de vraie religion, ce petit peuple donc s'était remis à vivoter, tout doucement, humblement, sans faire trop de bruit.

Et ensuite vint Obama, Saint Obama, le brillant protecteur des désoeuvrés, l'ovni improbable paré de toutes les vertus, un sauveur, un sauveur comme on les aime dans le pays à la bannière étoilée et comme Hollywood seule est capable d'en créer.

Alors le petit peuple se remit à croire que l'aube pouvait à nouveau se lever et dévoiler un futur radieux fait de sobriété, de probité et de solidarité apparente.

Mais attendez... je reçois un message, là... : "A la mi-juillet dernier, les Américains découvraient avec effarement que, quelques mois seulement après avoir été renflouée par l'Etat, la banque d'affaire Goldman Sachs s'apprêtait à distribuer pour 2009 un motant littéralement stupéfiant de salaires et autres bonus à ses employés: pas moins de 20 milliards de dollars (...)" (Patrice Bollon, "Démoralisé le capitalisme?" dans Philosophie Magazine, n° 32, p. 81).

Vous savez ça correspond à quoi 20 milliards de dollars US? C'est la somme que le G8 accorde à ceux qui crèvent de faim à travers le vaste monde...

Pas étonnant que Saint Obama soit redescendu de 6 nuages dans le paradis des sondages.

Et l'auteur de l'article que je cite plus haut reprend cette phrase à Zygmunt Bauman: "L'éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs?".

Vous qui lirez le présent article, je vous demande de méditer cette question. Non, non, non. Je ne vous demande pas d'y penser ce soir, ou cette nuit, ou demain matin. Je vous demande de la garder dans un coin de votre tête; oui, là! pour qu'elle soit en permanence en contact avec ce que voient vos yeux, ce qu'entendent vos oreilles et ce que comprennent votre esprit et votre coeur. Quand vous verrez encore une usine fermer ses grilles devant des hommes désespérés mais silencieux, quand vous verrez encore des gens se réchauffer à la chaleur des grilles de ventilations du métro, quand vous verrez ces corps flottants d'immigrés qui rêvaient d'Occident et d'Eldorado, quand vous verrez ces vieux qui meurent de chaud, ces pauvres qui meurent de faim, ces jeunes qui meurent d'ennui... vous l'entendrez raisonner cette petite phrase... "l'éthique... une chance... un monde de consommateurs". Et alors, vous ne douterez plus d'avoir une réponse à l'horreur qui s'offre à vos yeux.

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LECTURES PROPOSEES

moraliser le capitalisme


SALMON, Anne. Moraliser le capitalisme? Paris: Centre National de la Recherche Scientifique, 2009. 262 p. (Société). ISBN 2-27106-740-5.

ethique chance monde consommateurs


BAUMAN, Zygmunt. L'éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs? Christophe Rosson, trad. Paris: Flammarion, 2009. 293 p. (Climats). ISBN 2-08122-313-9.

Alors, plus que jamais...

Yo, ho, haul together,
hoist the colors high.
Heave ho,
thieves and beggars,
never shall we die.

21:24 Écrit par Theudrick dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anticapitalisme |  Facebook |

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